Art'moureusement vôtre

Textes, photos, dessins et autres réalisations : Vanina et Jean-François ont plaisir à les partager avec vous.

11 novembre 2009

Assis va la vie (version 2) - par V

Je suis assise dans ma voiture sur cette autoroute que je connais bien, qui me mène chez mon fiancé.
Je suis attentive à la route, et pourtant mes pensées vagabondent.
Je vis et revis les évènements de la journée et tous ceux qui m'y ont amenée. Petit à petit, le puzzle se complète.
Mais une question me préoccupe : comment les remercier tous et chacun.
Comment dire à la fois l'émotion et la gêne?
Je travaille parce que je refuse de vivre exclusivement d'aides sociales.
Je travaille parce que je refuse de faire la manche.
Je travaille parce que j'aime mon métier de maquettiste/D.A. et, avant tout, le contact avec les autres.

Assise dans ma voiture, je me souviens de ce jour -fin août, en pleine semaine de bouclage- où en arrivant à notre brasserie-cantine, le châssis de mon fauteuil roulant se brisa.
Je me souviens aussi de ce matin de septembre où je suis arrivée au bureau «ronchon cornichon» -selon l’expression de la secrétaire de rédaction-, expliquant finalement à mes collègues qu'on venait de me dire au téléphone que j’étais trop autonome pour être financièrement aidée dans l'achat d'un nouveau fauteuil roulant!
A certaines collègues, devenues relations amicales au fil des ans, j’ai même osé parler chiffres. Je leur ai expliqué par le menu comment, en faisant une demande d'aide financière exceptionnelle pour l'achat d'un fauteuil roulant, au bout de quelques dossiers et d'une enquête à domicile, on en est venu à me dire: «Vous êtes trop autonome pour avoir le droit à une aide par la MDPH75*»!

Mes pensées s'enchaînent, vagabondent s'organisent à leur gré.
Je me revois, quelques heures plus tôt, hésitante, osant dire: «je ne sais pas si je dois accepter…». Bien sûr, cette hésitation ne concernait ni le dessin de l’humoriste, ni les petits mots manuscrits de mes collègues que j’avais bien l'intention de garder précieusement! J’avais parlé de cette magnifique somme collectée, de ce chèque remis, que la fameuse Maison départementale pour les handicapés ne me propose même pas…

Je revois la responsable du service de rédaction prononcer son émouvant discours.
Difficile d'admettre que ces mots s'adressent à moi, car si je me sens parfaitement intégrée dans l'équipe, en tant que pigiste, je me sens aussi un peu en dehors malgré déjà 8 ans de collaboration.
Quelques collègues m’ont avoué m'avoir regardée pendant le fameux discours, observant le baromètre de mes sentiments : mon visage. Curiosité simple pour commencer: qui le 2 e étage mettait-il à l'honneur, à la rédaction (au 3e) et qu'on me cachait… Puis, confusion, refusant de croire que c'était à moi que ce discours s'adressait, bien que je m'y reconnaissais, petit à petit…

Je me revois découvrir le dessin, sous verre, de l’humoriste venu pour la circonstance: une caricature qui m'étonne. Il m’explique qu'il n'avait pas de photo, que sans m'avoir jamais vu, il m'a dessinée grâce aux descriptions données par la responsable du service au téléphone. La ressemblance est assez incroyable.
Je revois mes collègues venir me faire la bise, alors que cela aurait dû être à moi d'aller vers eux.
Afin de fixer cet élan commun de générosité, je sors de mon sac mon APN compact et demande si quelqu'un veut bien saisir l'instant. Malgré quelques hésitations, chacun vient poser pour la photo. Apprenant que l'appareil est le mien, la responsable prend à témoin l’humoriste en faisant référence à son dessin: «Vous voyez, elle a toujours tout sur elle!»

Assise dans ma voiture, je me souviens.
Mes pensées s'entrechoquent, m’échappent…
Je revois un autre évènement-surprise vécu trente ans plus tôt. Le mercredi suivant mon arrivée à Garches, -après un trop long séjour aux urgences d'un autre hôpital-, tous les élèves de ma classe de 2de sont venus me voir. Cela n’était encore jamais arrivé et l'infirmière générale était même venue me demander s'ils pouvaient venir en plus petits groupes, à l'avenir…
Même élan de solidarité, je venais d’apprendre que j’étais définitivement paraplégique, l'émotion est à son comble, mes yeux sont humides.
J’essaie de me ressaisir. Des évènements jusque là anodins, prennent sens.
Le matin même, j’ai eu l'impression que sur la plateau de la rédaction, il y avait beaucoup de monde pour toujours le même nombre de Mac et de PC: mais bon, après tout, c'était bouclage!
Les morceaux du puzzle trouvent leur place, les cachotteries se dévoilent.
Le matin, ayant mis plus d'une heure pour trouver une place de stationnement au cœur de Paris où se trouvent les locaux du journal, je suis arrivée tard et ai annoncé à ma collègue du rez-de-chaussée en lui faisant le petit coucou matinal habituel: «Un peu plus et je n'arrivais que pour l'apéritif!». La collègue a semblé ne pas comprendre, j’avais alors fièrement répété ma petite blague horaire! J’ai compris plus tard son étonnement… Elle m'avait cru un instant au courant si ce n'est de la raison, au moins du pot prévu.

Assise dans ma voiture, je souris.
Je me dis que certains de mes collègues ont sans doute pensé: «Pôv' Vanina, elle fait vraiment partie du dernier wagon de pommes!» (Expression que j’aime beaucoup et que j’emprunte volontiers à ma Maman.) Il faut bien l'avouer, ce jeudi-là: oui!

Assise dans ma voiture, je me souviens.
Les évènements ne cessent de s'enchaîner. Je me revois dans l'ascenseur avec une correctrice qui me dit que si j’ai besoin d'un bricolage pour garder le vieux fauteuil, en fauteuil de secours, elle connaît quelqu'un qui ferait volontiers le nécessaire. Elle me demande donc des «nouvelles» du vieux fauteuil et je lui réponds «La réparation déjà faite est solide mais à tout moment ce vieux fauteuil peut casser à un autre endroit», ajoutant, «Tu sais après dix ans de trottoirs et…» la correctrice a éclaté de rire, je n'ai bien sûr pas fini ma phrase, mais le principal était dit!

Je me revois les yeux bordés de larmes ne trouvant d'autres mots à dire que: «Merci».
Un rédacteur et d'autres collègues réclamant le discours pour plus tard!

Assise dans ma voiture, je me dis qu'il serait dommage que tout le monde ne profite pas de toutes ses anecdotes alors je décide de les écrire.

***

Elle est assise devant son écran, dans son nouveau fauteuil roulant, ses doigts pianotent sur le clavier.
Assise devant son écran, elle se dit que « Merci » est le mot le plus à propos qu’elle connaisse. Elle ne voit vraiment pas quoi dire d'autre, alors:

«Merci,
sincèrement merci,
du fond du cœur : MERCI!»

V_KDoFR3618

** MDPH75 = Maison départementale pour les handicapés = Maison des handicapés

Posté par ClairObscur à 15:20 - Prose et Poésie - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Commentaires

Je suis vraiment très émue à la lecture de ton billet. Parce que ça me rassure sur la nature humaine, ce n'est pas partout "tout pour sa gueule"
Mais ce cadeau, c'est aussi un cadeau à la vie et au sourire que tu ne perds pas malgré les sales coups du destin, je crois que tu le vaux bien ;)
Merci pour ce billet
Coïncidence (ou pas ?) je viens de mettre un billet en ligne où il est dit qu'être gentil fait sécréter de la sérotonine et que c'est bon pour la santé...
Il me semble qu'il y a dans ton journal un certain nombre de centenaires en puissance
sourire

Posté par pandora, 11 novembre 2009 à 17:14

Heureux de faire ta connaissance, Vanina!

Respect, admiration, sympathie sont les premiers mots qui me sont venus en te lisant ...Oui, je suis heureux de faire ta connaissance, et je te remercie de ta visite: tu es déjà enregistrée dans mes favoris (les liens qui apparaissent sur mon blog sont à mettre à jour...)
Je reviendrai faire plus ample connaissance!...
A bientôt, Vanina!

Posté par Robinson, 11 novembre 2009 à 18:36

Ah ben moi je dis merci aussi ... ch'ais pas juste comme ça ;)
sourire joyeux.

Posté par homéo, 11 novembre 2009 à 18:59

Oh comme tu as bien fait de mettre cette belle histoire par écrit ! Comme cela fait du bien d'être ainsi rassurés sur la nature humaine, comme le dit Pandora ! Quel beau et émouvant moment tu viens de vivre mais cela ne m'étonne pas car tu récoltes la gentillesse que tu as semée ! Le dessin de l'humoriste est super épatant ! Youpiiiiii ! Je suis ravie, pour toi !
Un bouquet de bonnes bises à partager avec J.F.

Posté par MAP, 11 novembre 2009 à 23:12

J'ai été très émue par ton histoire Vanina et heureuse de constater qu'il y a aussi du bon dans la nature humaine Cela rassure un peu ! Merci à tes collègues d'avoir aussi l'intelligence du coeur !

Posté par Oxygene, 12 novembre 2009 à 15:51

Chère Vanina.

Ton sourire me fait toujours plaisir....et encore plus ce soir.Il est perceptible à travers tes mots....si agréables à lire.
Merci d'être la messagère de l'espoir.
Bisous

Posté par Mary, 12 novembre 2009 à 21:00

Vanina, si je peux me permettre, au regard du dessin humoristique :

"Arrête ton char Ben-Hur" :)
...
Ton message m'a beaucoup émue et tes collègues aussi. Une bonne leçon de vie ! bonne journée à toi

Posté par mc d'augé, 13 novembre 2009 à 08:51

Oui Pandora,

Je pourrais dire qu'il y a de l'humain dans "mon" journal équin...
Et la personne qui a mis en place cette "collecte" a été la première étonnée non pas devant la solidarité (dont elle ne doutait pas), mais devant l'ampleur de la générosité.
Je n'ai pas ressenti ce geste comme de la "gentillesse" mais elle était présente sans aucun doute!
Sourire
Vanina

Posté par Vanina, 15 novembre 2009 à 16:23

Le plaisir est partagé Robinson

J'aime les rencontres que la blogosphère permet.
Je repasserai aussi sur ton blog pour mieux le découvrir.
@u plaisir
Sourire
Vanina

Posté par Vanina, 15 novembre 2009 à 16:24

Merci Homéo...

Arfff... Y'a de l'écho!
;-))
Sourire
Vanina

Posté par Vanina, 15 novembre 2009 à 16:24

Coucou MAP

Le bouquet a été partagé!
Le dessin, qt à lui, est bien sûr accroché à la maison!
J'aime les belles histoires et celle-ci est magnifique en dehors du fait même que je l'ai vécue...
Malgré tout, je trouve révoltant que ce soit la générosité des uns et des autres qui palie au manque de la sécu et/ou d'autres structures...
Sourire
Vanina

Posté par Vanina, 15 novembre 2009 à 16:25

Oui, Oxygène

Un immense merci à eux.
La nature humaine a encore souvent du bon, j'ai eu l'occasion de le constater dans d'autres cas.
Sourire
Vanina

Posté par Vanina, 15 novembre 2009 à 16:25

Hellooo voisine!

Je fais partie de ses personnes qui font confiance de prime abord, qui croit encore que l'homme est "bon" à priori...
Je n'ai pas envie de changer! Même si la vie m'a appris à être vigilante pour ne pas risquer de devenir "bonne poire".
Sourire
Vanina

Posté par Vanina, 15 novembre 2009 à 16:26

Coucou MCd'Augé

La suite de cette citation étant "...tu perds des planches..."
Et bâ non, plus avec le nouveau fauteuil!!!
;-))
Merci
Sourire
Vanina

Posté par Vanina, 15 novembre 2009 à 16:26

:-)

Posté par véron, 29 novembre 2009 à 01:23

Merci Véron'...

... d'être passée par là...
Sourire
Vanina

Posté par Vanina, 29 novembre 2009 à 18:47

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