15 juin 2009
Le détour - par JF
Samedi 8 mai, Vanina et moi décidons d’aller nous promener aux puces de la porte de Vanves. Déception ! Beaucoup de fripes que se dispute une foule bigarrée et bruyante. Peu de vrais brocanteurs. En cherchant bien, Vanina déniche deux boîtes d’allumettes et quelques jouets kinder. De mon côté, je négocie trois décorations. Nous restons sur notre faim.
Un peu plus loin, square Georges Brassens, se tient tous les week-ends et jours fériés, une brocante de livres. N’écoutant que notre courage, nous prenons le risque d’y aller chatouiller les cornes du diable. Bijoux, vêtements ou autres nous laissent de marbre mais les livres…Il nous est très difficile de résister. Je vous rassure de suite, ce jour-là, nous n’y sommes parvenus !
Nous flânons entre des tables surchargées d’ouvrages plus ou moins anciens mais tous tentant. L’odeur de vieux papier et de poussière nous monte à la tête et sape nos bonnes intentions. Je craque devant un bel exemplaire du journal « L’Illustration » consacré au décès du maréchal Lyautey et un livre destiné aux enfants, « Bicot magicien ». J’offre ce dernier à Vanina. Je précise pour les gens à l’esprit taquin que je lui offre non pas parce que c’est un livre pour enfant mais parce qu’il traite de prestidigitation ! Qu’on se le tienne pour dit, non mais des fois !
Au détour d’une travée, dans la foule des chalands, nous manquons de faucher la canne d’un vieux monsieur. J’ai à peine le temps d’entrevoir sa silhouette qu’il est déjà happé par la cohue. Si peu que je l’aie vue, cette tournure ne m’est pas inconnue. J’ai beau chercher, je n’arrive pas y associer un nom. J’interroge Vanina. Peine perdue, elle n’a rien remarqué ! Cela me chagrine. N’y tenant plus, j’abandonne Vanina devant un stand d’ouvrages d’art et je rebrousse chemin. Curiosité quand tu nous tiens ! Quelques instants plus tard, je suis à coté de mon homme-mystère. Je le reconnais enfin. Les ans ont voûté son dos et rendus indispensable la canne. Les cheveux maintenant blancs comme neige se font plus rares. Le visage s’est froissé de rides. Mais l’essentiel est toujours là, une discrète élégance toute britannique, des yeux pétillants de malice, une paire de lunettes juchée son front à la manière d’un Pierre Lazareff. Tiens, il manque la pipe ! C’est Jean Dutourd. Il a 89 ans maintenant.
Après cette rencontre, nous continuons notre périple, succombant aux charmes d’un livre d’art et de trois ouvrages sur la Grande Guerre mais résistant à bien d’autres tout aussi intéressants.
Cette brocante méritait bien le « Dutourd »….
05 juin 2009
La Chatte et le Perroquet !- par V
Maître Papagaille, sur son perchoir perché,
Tenait dans son bec un haricot vert,
Miss Pitchoune, par le légume attirée,
S'approcha sans avoir l'air.
Et lorsque le haricot tomba,
Miss Pitchoune le déroba.
moralité :
Bon chat préfère
Le haricot au perroquet vert...
En réponse au commentaire de MAP,
cette petite fable, façon La Fontaine, écrite dans mon jeune temps...
23 avril 2009
Les nœuds - par V
Nous sommes attablés, face à face, reflet mimétique d’un père et sa fille. Et voilà qu’avec ses cheveux gris et longs, sa barbe juste taillée, son embonpoint qui le rend bonhomme, il se raconte : « Je me souviens comme si c’était hier, pour ne pas oublier de faire ci ou ça, ma grand-mère faisait un nœud à son mouchoir… »
Je profite de ce récit précieux, car il n’évoque qu’à de trop rares occasions son passé. Et tout en l’écoutant, ma pensée fait un saut en arrière dans le temps. Hier, sur scène, je le revois incapable de faire un nœud avec sa corde de magicien, je le revois faire rire les enfants en essayant mille et une techniques, qui toutes échouent irrémédiablement. Ce n’est pas seulement qu’il y a un truc, tout à coup, il me semble qu’il y a un « hic » : les pensées s’enchaînent, s’imbriquent, et je me souviens qu’enfants, c’était Maman qui nous apprenait à nouer nos lacets, car avec Papa les nœuds disparaissaient immanquablement.
Et puis voilà l’évidence, une image jusque-là enterrée, l’image à peine dévoilée d’un récit douloureux. Tout à coup je comprends pourquoi Papa aime les nœuds sans jamais pouvoir les accomplir. Il aimait son père, et quand il en parle sa gorge se noue: lui, mon grand-père, avait fait un jour un nœud pour en finir des camps, de la guerre, du saccage de sa vie et de son appartement.
La vie est un sac de nœuds :
Un nœud pour en finir,
Un nœud pour faire rire,
Un nœud pour se souvenir.
Chez les Fanes, ce mois-ci, un des thèmes est "liens".
26 mars 2009
Antipodistes - par V
Tout le monde est enfin installé dans le petit cirque ambulant, sous la toile tendue du chapiteau.
Dans le cercle, à l’âme magique, le spectacle commence par l’entrée des clowns, suivie d’un numéro de trapèze qui ouvre le cœur au merveilleux. Plus tard, viennent les antipodistes.
Au bord de la piste, au premier rang, une jeune femme applaudit à tout rompre. Pour la remercier, les acrobates improvisent « un bis ».
Pendant une figure, le regard d’un des artistes croise celui de la jeune femme ; étincelle entre le savoir et l’ignorance de ce que peut le corps. Alors, les rythmes de l’acrobatie, les gestes souples et puissants s’exécutent en elle, à son idée, rêveuse et immobile.
Pour le salut final, tous les artistes reviennent en piste dans un splendide chamboule tout. Pendant qu’ils quittent la piste, la lumière se fait dans les gradins. Mille éclats brillent dans les yeux des spectateurs, mais la lumière se reflète plus encore sur les chromes du fauteuil roulant de cette jeune femme, qui installée au premier rang, avait si pleinement, apprécié la valeur de leur travail.
30 décembre 2008
Il y a 3 semaine... - par V

Un blog est mort ... un nouveau blog sera-t-il appelé araignée ?
En attendant vous pouvez lire Val ici, parmi ces @mis.
22 décembre 2008
Bientôt Noël... - par V


Je suis aussi chez les fanes: là !
16 décembre 2008
Lui et moi - par V
Au matin, comme tous les jours
Je le regarde avec amour
Je l’ai attendu, le voilà
Je pose mes deux mains sur lui
Je le découvre il est à moi
J’en ai rêvé toute la nuit
Il est tout chaud, il me touche
Et se pose sur ma bouche
Il vient pénétrer mes lèvres
Très doucement, je prends le temps
De le goûter, j’ai la fièvre
Il est doux, fort, infiniment
Il me réchauffe tout le corps
Et le cœur : j’en veux encore
C’en devient insupportable
Tellement je suis avide
Il faut être raisonnable
La tasse est maintenant vide
J’ai fini mon premier café
Il faut retourner travailler
Je sais, ceux qui m’ont déjà lu vont dire que c’est du réchauffé !!! Hihihi
07 décembre 2008
Aller-Retour - par V

Voici le palindrome réalisé pour les jeux oulipiens des Fanes de carottes.
13 septembre 2008
Réaliser son rêve ?... parfois une dure réalité ! - par V
Nous sommes en 1974, j’ai 10 ans, je suis dans les coulisses du théâtre de l’Olympia avec une partie de ma famille, face à Michel Polnareff, qu’à la maison nous appelons tous Popol. Il a déjà opté pour des cheveux blonds et bouclés, de grandes lunettes noires cachent ses yeux de myope trop sensibles à la lumière ; à trois mètres, il n’y voit plus rien. Il porte un pantalon blanc brillant qui le moule, je ne peux m’empêcher de remarquer que sa braguette est ouverte… mon père me dira plus tard que ça lui arrive souvent, qu’il n’y fait pas attention : ça me fait sourire et puis ça me rassure que les personnes connues ne soient pas différentes des autres.
La discussion s’éternise un peu, la première partie, une danseuse nue sur scène, fait un peu jaser : peu importe ! Quant aux effets de lumière noire pas de problème, tout se passe bien.
Comme chaque soir, des fans attendent devant l’entrée des artistes que leur vedette sorte. Une des jeunes filles, très émotive, est particulièrement nerveuse à l’idée de LE voir de près, à l’idée que peut être en lui demandant un autographe, elle pourra LE toucher… Elle en a tant rêvé !
Nous nous dirigeons vers la sortie, Michel en tête.
« Enfin le voilà ! » La teenager L’aperçoit et s’évanouit aussi sec !
Dans l’urgence Popol la rattrape pour la confier aux hommes de la sécurité…
Elle ne saura ou du moins ne se souviendra jamais que, ce soir là, son idole l’a portée dans ses bras : on ne réalise que rarement ces rêves en totalité...
05 septembre 2008
A provoc, provoc « ennemie » ! - par V
Au lycée, en classe de seconde, j’étais une élève de quinze ans, timide et à la fois extravertie, bonne élève et amie des cancres, j’avais tendance à me faire remarquer dans des éclats mêlant bonne humeur, originalité et un peu de maladresse.
Dans la salle de cours de français, j’avais l’habitude de m’installer sur le côté, près de la porte de sortie, juste derrière une colonne protectrice… Je profitais de cette bonne « planque » pour faire rire mes copains et Marie-Christine.
Et les autres filles, me direz-vous ? Bien trop sages et souvent trop « minettes » pour moi !
Notre professeur, une maîtresse femme, enseignait aussi le théâtre, un atelier auquel j’aimais participer. Un jour, n'y tenant plus de nous entendre rire, elle m'interpella d’un ton sec :
« Vanina ! »
M’étant penchée à l’appel de mon prénom, son regard sévère plongea dans mes yeux intimidés, elle continua :
« Toi et ton HAREM : cessez !
Demain, je te veux devant moi, là, au premier rang. »
Forte de son autorité, elle accompagna son affirmation, d’un doigt pointé sur la table juste devant elle, savourant sa victoire : j’étais rouge de confusion, muette…
Le lendemain, sous son regard implacable, je m’exécutai, et vins m’asseoir au premier rang...
C’est alors que mes yeux se mirent à pétiller et qu’un large sourire illumina mon visage ; tous les garçons de la classe, s’installèrent autour de moi pour me soutenir de leur présence amicale. Et toutes les filles furent reléguées au fond, malgré leurs protestations.
Notre prof, bien aimée, qui aujourd’hui encore est mon amie, fut bien étonnée de cette solidarité, qu’elle souligna en s’avouant vaincue.
Plus jamais elle n'exigea de m'avoir au premier rang, et par respect, nos rires furent plus discrets…



