Art'moureusement vôtre

Textes, photos, dessins et autres réalisations : Vanina et Jean-François ont plaisir à les partager avec vous.

23 avril 2009

Les nœuds - par V

Nous sommes attablés, face à face, reflet mimétique d’un père et sa fille. Et voilà qu’avec ses cheveux gris et longs, sa barbe juste taillée, son embonpoint qui le rend bonhomme, il se raconte : « Je me souviens comme si c’était hier, pour ne pas oublier de faire ci ou ça, ma grand-mère faisait un nœud à son mouchoir… »

Je profite de ce récit précieux, car il n’évoque qu’à de trop rares occasions son passé. Et tout en l’écoutant, ma pensée fait un saut en arrière dans le temps. Hier, sur scène, je le revois incapable de faire un nœud avec sa corde de magicien, je le revois faire rire les enfants en essayant mille et une techniques, qui toutes échouent irrémédiablement. Ce n’est pas seulement qu’il y a un truc, tout à coup, il me semble qu’il y a un « hic » : les pensées s’enchaînent, s’imbriquent, et je me souviens qu’enfants, c’était Maman qui nous apprenait à nouer nos lacets, car avec Papa les nœuds disparaissaient immanquablement.

Et puis voilà l’évidence, une image jusque-là enterrée, l’image à peine dévoilée d’un récit douloureux. Tout à coup je comprends pourquoi Papa aime les nœuds sans jamais pouvoir les accomplir. Il aimait son père, et quand il en parle sa gorge se noue: lui, mon grand-père, avait fait un jour un nœud pour en finir des camps, de la guerre, du saccage de sa vie et de son appartement.

La vie est un sac de nœuds :
Un nœud pour en finir,
Un nœud pour faire rire,
Un nœud pour se souvenir.


Chez les Fanes, ce mois-ci, un des thèmes est "liens".

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26 mars 2009

Antipodistes - par V

Tout le monde est enfin installé dans le petit cirque ambulant, sous la toile tendue du chapiteau.
Dans le cercle, à l’âme magique, le spectacle commence par l’entrée des clowns, suivie d’un numéro de trapèze qui ouvre le cœur au merveilleux. Plus tard, viennent les antipodistes.

Au bord de la piste, au premier rang, une jeune femme applaudit à tout rompre. Pour la remercier, les acrobates improvisent « un bis ».
Pendant une figure, le regard d’un des artistes croise celui de la jeune femme ; étincelle entre le savoir et l’ignorance de ce que peut le corps. Alors, les rythmes de l’acrobatie, les gestes souples et puissants s’exécutent en elle, à son idée, rêveuse et immobile.

Pour le salut final, tous les artistes reviennent en piste dans un splendide chamboule tout. Pendant qu’ils quittent la piste, la lumière se fait dans les gradins. Mille éclats brillent dans les yeux des spectateurs, mais la lumière se reflète plus encore sur les chromes du fauteuil roulant de cette jeune femme, qui installée au premier rang, avait si pleinement, apprécié la valeur de leur travail.

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13 septembre 2008

Réaliser son rêve ?... parfois une dure réalité ! - par V

Nous sommes en 1974, j’ai 10 ans, je suis dans les coulisses du théâtre de l’Olympia avec une partie de ma famille, face à Michel Polnareff, qu’à la maison nous appelons tous Popol. Il a déjà opté pour des cheveux blonds et bouclés, de grandes lunettes noires cachent ses yeux de myope trop sensibles à la lumière ; à trois mètres, il n’y voit plus rien. Il porte un pantalon blanc brillant qui le moule, je ne peux m’empêcher de remarquer que sa braguette est ouverte… mon père me dira plus tard que ça lui arrive souvent, qu’il n’y fait pas attention : ça me fait sourire et puis ça me rassure que les personnes connues ne soient pas différentes des autres.
La discussion s’éternise un peu, la première partie, une danseuse nue sur scène, fait un peu jaser : peu importe ! Quant aux effets de lumière noire pas de problème, tout se passe bien.

Comme chaque soir, des fans attendent devant l’entrée des artistes que leur vedette sorte. Une des jeunes filles, très émotive, est particulièrement nerveuse à l’idée de LE voir de près, à l’idée que peut être en lui demandant un autographe, elle pourra LE toucher… Elle en a tant rêvé !

Nous nous dirigeons vers la sortie, Michel en tête.
« Enfin le voilà ! » La teenager L’aperçoit et s’évanouit aussi sec !
Dans l’urgence Popol la rattrape pour la confier aux hommes de la sécurité…

Elle ne saura ou du moins ne se souviendra jamais que, ce soir là, son idole l’a portée dans ses bras : on ne réalise que rarement ces rêves en totalité...

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15 juin 2008

Que le spectacle continue ! - par V

A mon Papa

James, encore adolescent, a été engagé, dans le fameux cirque Pezon, avec ces amis clowns, Zig et Puce, qui sont ses partenaires. Le jeune homme qui se grime en Charlot dont il a la silhouette, est en fait, plus mime que clown : c’est ainsi que le trio trouve son originalité. Puce est l’auguste et Zig le clown blanc ; normal puisque Polco, de son nom de ville, est antillais !...
Bref, un beau jour, à Lille, suite à un incident, James remplace, au pied levé, le dompteur. Les fauves ont une grande place dans la ménagerie de ce cirque, James les aime et accompagnait souvent le dresseur dans la cage, d’autant plus facilement que la famille Pezon a mis au point un dressage en douceur.
Mais lors d’une répétition, voilà que deux belles panthères tachetées se chamaillent les faveurs d’un mâle. Spontanément, c'est-à-dire sans réfléchir, le jeune mime tente de les séparer. Une des panthères lui plante alors les crocs dans le mollet, traversant la jambe de part en part ; aujourd’hui encore, quelque soixante ans après, les trous dans sa chair sont là pour témoigner !
De surprise et de douleur James lève son bâton qu’il abat, dans un arc de cercle, sur la tête féline, une chance inouïe, le coup tombe sur la truffe, une zone hyper sensible ; la panthère lâche prise.

Sorti de la cage, les plaies désinfectées et la troupe rassurée, James reconnaît que c’était stupide de sa part d’intervenir ainsi, et voilà Mme Pezon qui enchaîne :
« Oui, c’était stupide, vous auriez pu attendre la représentation ! »

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21 mars 2008

La valise - par V

Il fait nuit.
C’est le sombre Paris de l’occupation, tous les rideaux métalliques sont baissés.
Un jeune adolescent se glisse dans les rues désertes et silencieuses pour rejoindre son domicile en proche banlieue.
Il a une valise à la main ; non, il la porte sous le bras, la sert fort contre lui.
La lune projette, le long des murs, l’ombre de sa silhouette. Son costume de zazou, habilement retouché par sa mère, laisse deviner un corps maigrelet.
Ce soir, il arrive encore à maîtriser cette toux qui chaque jour lui arrache un peu plus les poumons.
Mais soudain, au détour d’une rue, ils sont là, face à lui, deux soldats allemands qui le regardent, puis l’encerclent afin de lui faire avouer son crime.
Il ne comprend rien à ce qu’ils disent, mais impossible d’ignorer qu’il veulent connaître le contenu de sa précieuse valise, de plus, il sait qu’il a tord de circuler après le couvre-feu.
Malgré sa peur l’adolescent se baisse, s’agenouille pour poser sa valise usée, à ses pieds, sur le trottoir, et l’ouvrir.
Il sent que tous ces gestes sont épiés.

C’est alors qu’éclairé par la lune qui lui sert de poursuite… il se relève. Il a chaussé sa marionnette de ventriloquie et leur improvise un show ; c’est comme ça qu’il gagne son pain. Les allemands se détendent à la vue de la poupée, ils sourient même !

Ce soir, James tu rentreras chez toi, pour mon plus grand bonheur : je t’aime Papa.

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07 mars 2008

Histoire de bus - par V

Elle est là dans son bus parisien un gros sac encombrant à la main, avec un bout de tissu noir, plutôt rigide, qui en dépasse…

Un homme monte dans le bus, et vient à se retrouver à côté d’elle. Intrigué par ce qu’il voit dépasser du fameux sac, il s’essaie à deviner de quoi il s’agit.
S’adressant à la femme, il lui demande en lançant un regard plein de curiosité vers le bout de tissu :
- Il s’agit d’une housse de couffin ?
- Non, répond gentiment la femme.
- Alors il s’agit d’un accessoire pour motos ?
- Non plus, répond tout aussi gentiment mais de façon plutôt détachée la femme.
Troisième question, réponse toujours négative, l’homme s’étonne :
- De quoi s’agit-il alors ?
- D’un pantalon pour un pingouin géant.
L’homme vexé, s’imaginant à tort qu’elle se moque de lui, regarde la femme, et avant de s’éloigner lui lance un « connasse » tonitruant.

Arrivée au théâtre où se monte un spectacle pour enfants, la couturière raconte son aventure à toute l’équipe, et je crois savoir qu’ils en rient encore…



Si ce n'est déjà fait, vous pouvez lire cette autre anecdote du monde du Spectacle :
Effets spéciaux.

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13 juillet 2007

Effets spéciaux - par V

« Paris, c’est Paris…. Et au monde, y’a qu’un seul Paris ! »
Final en musique du spectacle du Grand Guignol au Théâtre de l’Européen (1974)

« Maïlys, tu viens avec moi ? J’ai une course à faire pour Papa. » La mère s’est adressée à sa fille, elle a besoin d’un soutien. Bien sûr qu’elle vient, elle ne louperait ça pour rien au monde !

Dans la pharmacie, il y a un peu de monde, mais c’est trop tard pour reculer. La préparatrice est déjà occupée. C’est donc le pharmacien qui se dirige vers elles ; pour la discrétion c’est loupé !

La mère ne sait pas ou poser son regard, ses pieds auront sa préférence. Elle prend finalement son souffle et libère ses mots tant réfléchis : « Je voudrais des préservatifs… mais pas trop solides !... »


Le pharmacien s’est figé… le souffle coupé, l’œil interrogateur… Il connaît bien sa cliente, elle a déjà six enfants, et là, elle est venue accompagnée de son aînée qui doit avoir dans les 22 ans.

Elle a relevé la tête, gênée, elle enchaîne, rouge de confusion : « C’est pour un trucage de théâtre, un effet spécial, le préservatif va servir de réservoir et doit libérer au moment voulu un liquide rouge sang. »

Un grand sourire illumine le visage du pharmacien, son regard pétille : « Ah ! Ces artistes… »


P. S. :
Un joli souvenir à garder et à partager. Trente ans plus tard, chez nous, on en rit encore...

Posté par ClairObscur à 23:23 - Prose et Poésie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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