Sous un soleil de plomb, dans un nuage de poussière, la patache allait bon train malgré les ornières et les nids de poules des chemins, secouant sans ménagement ses passagers. Le conducteur, que tout le monde appelait Patachon, se souciait bien peu des pauvres gens qui voyageaient dans sa lourde et inconfortable diligence. Patachon n’avait qu’une idée en tête, arriver au plus tôt à l’escale, se rendre à l’auberge et mener sa vie de débauche, sans espérance mais avec du plaisir immédiat : alcool, femmes, etc. D’autant plus qu’il avait été contrarié.

Ce matin-là, il avait chargé, sur le toit de sa patache, la lourde valise d’une jeune femme, au nom curieux, dont il avait remarqué la beauté céleste. Il n’avait pu s’empêcher de penser : « J’en ferais bien mon quatre heures… », et avait même tenté un geste déplacé que la jeune femme avait su esquiver. Or, à l’étape, la jeune femme descendit et s’exclama : « Je n’ai plus besoin de ma valise, faites-en ce que bon vous semble ! » Patachon, bougon, avait haussez les épaules, et s’était dirigé comme à son habitude vers l’auberge de toutes les transgressions, en ronchonnant ; « tu sais où tu peux te la carrer ta valoche … ».
Ce n’est que le lendemain matin, lorsqu’il eut fini de cuver, que Patachon se souvint de la valise.

Il était maintenant devant cette lourde valise qu’il considérait comme sienne, puisque la jeune femme la lui avait laissée. Avide, Patachon pris une grande respiration et l’ouvrit : quelle déception ! La malle contenait du sable. Déçu mais désireux, il plongea avec force la main dans le sable fin et scintillant sous les premiers rayons du soleil matinal. Il fouilla le sable. Il toucha alors un objet, saisit ce qui s’avéra être une anse, et découvrit une amphore. Il imagina tout de suite quelle contenait un liquide rare, délicieux et alcoolisé ! Il décida de la déboucher. C’est au moment où le bouchon sautait qu’il se souvint du nom de sa voyageuse : Pandore.

Patachon venait de libérer l’espérance : la lutte contre tous les maux de la terre pouvait enfin commencer !

 

Ce texte répond à la consigne #240 du blog "Le défi du samedi".